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CONTRE LA GUERRE ET CONTRE LA RÉPRESSION

CONTRE LA GUERRE ET CONTRE LA RÉPRESSION

 Les anarchistes sont contre la guerre, contre toutes les guerres. Mais nous sommes aussi contre la paix. Nous sommes contre la paix des marchés, contre la paix de l’autorité, contre la paix de l’abrutissement et de la servitude. Nous sommes pour la révolution sociale, pour le bouleversement violent et profond des rapports sociaux existants, basés sur l’exploitation et l’autorité.

Mais ces rocs de l’idéal anarchiste ne tien- nent pas toujours aussi bien lors des tempêtes. Il n’était pas rare d’entendre des compagnons dire que l’intervention de l’OTAN en Libye n’était pas la chose la plus commode à dénoncer. De même qu’aujourd’hui peu de voix anarchistes s’élèvent contre l’intervention militaire de la coalition internationale en Syrie. Il n’est pas rare non plus de voir des anarchistes succomber au principe de l’opportunisme tacticien : « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ». Est-ce encore utile de rappeler que l’ennemi de mon ennemi d’aujourd’hui a été hier aussi le mien et que je serai peut-être demain considéré comme ennemi par les deux autres... ?

Ces fameux rocs tendent aussi à s’éroder dans le feu de l’action lorsque cette dernière n’est pas soutenue par une projectualité ferme. La fascination pour la prétendue « efficacité » du modèle autoritaire de guérilla a par exemple mené plus d’un compagnon à accepter de renoncer – bien sûr toujours « temporairement » – à certaines bases de l’anarchisme, ou à rejeter la proposition de l’organisation informelle insurrectionnelle, jugée « moins efficace » pour déclencher ou intervenir dans les hostilités. Pourtant, c’est bel et bien cette dernière qui pourrait à présent se révéler comme la meilleure façon de combattre la restructuration répressive en cours, le massacre des insurgés et l’enterrement d’un élan révolutionnaire.


Contre la guerre, mais pas désarmés

Sans doute, comme quelqu’un l’exprimait de façon laconique, « nous sommes devenus faibles ». Et il rajoutait, « tous, sans exception ». Si ce jugement concernait les capacités théoriques des anarchistes, il portait plus encore sur leurs capacités opératives. Une faiblesse qui devient d’autant plus tangible lorsqu’on a le monstre du massacre et de guerre en face de nous. Il ne sert pourtant à rien de hurler avec les loups, mieux vaut prendre acte de cette faiblesse et tenter d’y remédier. Sans avoir l’illusion de pouvoir faire rapidement de grands pas, sans commencer à tomber dans le culte de la « force » qui pousse souvent vers une militarisation du combat, il nous faut à nouveau imaginer un chemin, un parcours. Certaines choses ne s’apprennent pas à l’improviste ; et si le besoin pressant et immédiat peut donner un coup de pouce, c’est quand même mieux de s’y être préparés à l’avance.
Car c’est aussi une question mentale. En réalité, nous sommes capables de faire tout ce que nous voulons, ou presque, et la véritable question est plutôt de savoir si nous sommes prêts à faire les efforts nécessaires et indispensables. Pour se doter de connaissances techniques, il faut étudier sérieusement les matières concernées. Pour développer certaines capacités, il faut disposer de temps pour s’y consacrer. Ce n’est qu’ainsi que ces connaissances deviendront ensuite utilisables dans un projet, armant la créativité et renforçant les idées.
Il nous faut donc travailler dans ce sens si nous ne voulons pas être dépendants d’autres courants, en proie aux caprices et aux seules possibilités du moment, ou tout simplement renoncer aux interventions par manque de capacités et de moyens. Ce qui est vraiment la chose la plus triste qui puisse arriver à un compagnon.


L’action internationaliste

Face à la guerre et au massacre d’insurgés, la proposition anarchiste ne peut qu’être celle de l’action internationaliste. Elle est avant tout refus de se rallier à un camp ou à un autre, considéré comme « moins pire », ou applaudissement des interventions militaristes de grandes puissances contre ou en faveur de tel ou tel camp. Dans ce contexte, l’action internationaliste consiste fondamentalement à défendre l’insurrection et la révolution sociale face à la réaction. Elle court le long de deux axes fondamentaux, celui de soutenir les tendances révolutionnaires et antiauto- ritaires au sein de l’insurrection même, et celui de l’attaque contre l’effort répressif et militaire ici.

Si on peut pas exclure d’avance la possibilité d’intervenir directement au cœur même de l’insurrection ailleurs, nous pensons que l’action internationaliste peut aussi être conçue comme diffuse et décentralisée. Lors de la révolution de 1936, de nombreux anarchistes sont partis se battre aux côtés de leurs compagnons espagnols. S’il était sans doute possible de renforcer la révolution en allant sur place, d’autres compagnons ont évoqué et tenté de renforcer la révolution en étendant le conflit vers d’autres contrées. Que ce soit sous forme de grèves dans les ports où les bateaux chargés d’armes passaient pour approvisionner les fascistes en Espagne, d’attaques précises contre des intérêts de la réaction internationale, ou encore sous la forme de l’intensification et de l’accélération de projets insurrectionnels afin de déclencher les hostilités ailleurs. Si la première chose, c’est-à-dire l’intervention directe au cœur de l’insurrection, relève d’une potentialité dont il faudrait reconstruire aujourd’hui les bases et les conditions, la deuxième chose, c’est-à- dire l’extension insurrectionnelle des hostilités et le sabotage des intérêts de la réaction, est plus dans le prolongement des initiatives et des activités déjà existantes, avec différentes degrés, ouvrant en espace informel qui dépasse les frontières.


Face à la restructuration de la répression et à son corollaire militaire et sécuritaire, il nous paraît possible et souhaitable de redessiner les traits d’une projectualité anarchiste insurrectionnelle. Car la guerre et les restructurations sont aussi des moments, malgré les démonstrations de force écrasantes du pouvoir, où la défense immunitaire du système s’affaiblit quelque peu et où il montre certaines de ses blessures ouvertes, voire de ses points faibles. Et ce sont donc aussi des moments propices pour tenter de faire précipiter la situation ou contribuer au déclenchement de l’insurrection.

Si cette projectualité peut explorer le chemin d’une lutte insurrectionnelle contre une nouvelle structure répressive, elle peut, ailleurs, au même endroit ou en même temps, préparer le terrain pour l’attaque contre l’effort répressif et militaire, contre l’industrie de l’armement et l’usine de la répression. Cela requiert tout un travail de recherche et d’information, détaillant les lieux et les hommes de la production de mort, les liens, les canaux d’information et de communication, les trajets d’approvisionnements énergétiques et les chaînes de commandement, fournissant ainsi des axes d’intervention et mettant à disposition les connaissances indispensables pour attaquer.

Les objectifs de destruction insurrectionnelle d’une réalisation répressive du pouvoir et la déstabilisation, par une diffusion d’attaques, de sa production répressive, et donc de paix sociale, peuvent en ces temps instables constituer des points d’orientation dans le développement et l’approfondissement d’une nouvelle projectualité anarchiste.


Printemps 2015


extrait de la brochure “CONTRE LA GUERRE  - CONTRE LA PAIX” Elements de
lutte insurrectionnelle contre la militarisme et la répression, publiée sur le site de http://www.lacavale.be/spip.php?article211

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